Discours de M. Vladimír Spidla à l’occasion de la remise de la Légion d‘honneur [cs]

Votre Excellence, Monsieur l’Ambassadeur,

Mesdames et Messieurs,

C’est un grand honneur pour moi de recevoir cette distinction.

Je l’interprète comme la reconnaissance du travail que j’ai effectué pendant toute ma carrière et qui a été lié à l’idée de l’Union européenne, ce qui m’a logiquement amené à des liens avec la France.

Les relations avec la France ont une longue tradition dans notre famille. Leur naissance est liée avec la période la plus tragique de notre histoire, c’est-à-dire la Seconde guerre mondiale. Mon père était à l’époque prisonnier dans un camp à Leipzig. Lors de l’une des attaques violentes contre Leipzig, le camp a été touché et mon père a réussi à s’enfuir. Arrêté par la police nazie, il a réussi à se faire passer pour un prisonnier de guerre français. Cela lui a permis de survivre.

Pour moi-même, la France et sa culture sont liées à trois moments essentiels de l’histoire moderne : la Révolution française avec sa déclaration des droits de l’Homme et du citoyen qui est la base de la stratégie des Droits de l’Homme moderne et de la conception de l’égalité des Hommes ; la mise en place de l’Union européenne qui est une contribution extraordinairement originale à l’organisation de la société humaine ; et enfin la réussite de la conférence COP21 aux débats de laquelle j’ai eu l’occasion de prendre part à Paris.

Permettez-moi de m’attarder sur l’Union européenne. Le fait que sa première forme soit venue au monde seulement 5 ans après la guerre est un miracle, et ce qui est typique pour les miracles, c’est qu’ils ne se reproduisent pas. L’Europe après la Seconde guerre mondiale était morte, elle n’existait pas comme un pôle de civilisation, elle était entre les mains des vainqueurs. De ce point de vue, la création de l’Union européenne était une sorte de résurrection qui l’a replacée sur la carte du monde en tant qu’ensemble. Dans sa construction politique, c’est-à-dire dans la construction de la souveraineté partagée, il s’agit d’un acte génial qui démontre qu’il n’est pas possible d‘assurer la paix en Europe seulement au moyen de la Realpolitik et de l‘équilibre des forces. Il ne faut pas oublier que ce moment important a été le produit de longs efforts de la France pour assurer la paix et que cela n’aurait pas été possible sans deux grands hommes politiques, Robert Schuman et Jean Monet.

L’Union a rempli sa tâche initiale qui consistait à assurer la paix et le renouveau d’après-guerre. Maintenant nous avons devant nous de nouveaux défis dont le plus important, à mon avis, est la capacité à modeler et à influencer la mondialisation. J’estime que l‘union est l’unique base sensée nous permettant de conserver le style de vie européen avec tous ses acquis tels que la protection universelle maladie, le système universel de protection sociale, la démocratie politique et le respect des Droits de l’Homme.

Mesdames et Messieurs, l’avenir n’est pas prédeterminé, nos actes ont des conséquences. Aucune situation n’est sans alternative et au moment où, en 1933, Georg Elser, qui a par la suite attenté à la vie d’Adolf Hitler, avait écrit dans une brasserie de Munich dans son journal intime „Hitler signifie la guerre“, la guerre n’était pas encore inévitable. Seul un long enchaînement d’erreurs et le manque de volonté à reconnaître les conséquences de ses propres actes ont conduit à ce qui, rétrospectivement, apparaît comme un sort inévitable.

Dernière modification : 08/12/2016

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