Chantal Poullain : J’adore cuisiner et dans mes recettes, il y a beaucoup d’improvisation / Interview [cs]

Madame Chantal Poullain, marraine de Goût de France 2019 :

J’adore cuisiner et dans mes recettes, il y a beaucoup d’improvisation

Dans la cuisine tchèque, il y a des recettes que j’aime beaucoup, c’est la svíčková et le guláš

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Si on dit Provence à quoi pensez-vous en premier ?
Aux odeurs, aux couleurs, aux sons : lavande, cigales, soleil.

Aimez-vous cuisiner ?
J’adore cuisiner, comme mon père. L’important pour moi c’est l’inspiration du moment, je respecte rarement complètement les recettes : je goûte, j’ajoute, je mélange. Ma cuisine est inspirée de la Provence, avec ses épices bien sûr, et aussi d’autres régions françaises. J’aime bien utiliser dans les sauces la crème qui n’est pas typiquement provençale et le vin qui réhausse les saveurs. J’aime m’amuser en cuisine, découvrir et donner du plaisir. C’est important de partager, de déguster, de dialoguer autour d’une table. La table nous rapproche, c’est le cœur de la maison.

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L’improvisation est donc un de vos principaux ingrédients ?
Oui, j’improvise beaucoup en cuisine. Je ne suis pas un chef professionnel, mais j’ai ma gastronomie. Même si on n’a pas eu le temps de faire des courses, on peut toujours trouver de quoi improviser, avec des spaghettis ou des pommes de terres on peut faire des plats délicieux.

« Dans les années 80, les amis comme par hasard arrivaient à l’heure du dîner et c’était mon plaisir de leur faire plaisir »

Mais comment avez-vous cuisiné après votre arrivée en Tchécoslovaquie ? Le marché était très limité avant 1989.
Quand je suis arrivée en Tchécoslovaquie dans les années quatre-vingt, je ne trouvais pas tous les produits et les herbes que j’utilisais habituellement, il fallait que je me débrouille autrement. Les odeurs, les couleurs des marchés français me manquaient. Le plus difficile c’était l’absence de poissons et de fruits de mer : j’étais en manque… en manque d’iode. De temps en temps, je ne résistais pas à ramener des produits de France. Comme par hasard, régulièrement, à l’heure des repas, nos amis passaient, je faisais à manger pour eux et ils se régalaient. C’est mon plaisir de faire plaisir.

Vous gardez toujours une recette familiale que vous cuisinez régulièrement ?
Mon père était un excellent cuisinier, ça ne prenait pas des heures, c’était rapide et tout était dans les goûts, grâce aux plantes aromatiques. Il avait une poêle en fonte noire qu’il a eue toute sa vie. Il était le seul à avoir le droit de l’utiliser. Il ne la grattait pas, ne mettait pas de détergent, mais la passait à l’eau : avant de s’en servir il mettait de l’huile sur un chiffon et il frottait la poêle avec. Il n’avait pas de recette précise, il faisait tout dans cette poêle avec une rapidité impressionnante, des fruits de mer par exemple. Il était sculpteur, forgeron, un peu architecte. Dans sa forge chaque coup de marteau amenait quelque chose, toujours nouveau. Il créait vite. Je le regardais retrousser ses manches de chemise et je savais qu’il allait nous faire un bon petit plat ou une belle sculpture, j’étais fascinée.

« Une fois j’ai voulu faire la svíčková dans ma famille en France mais je n’ai pas trouvé de petržel »

Votre fils Vladimír est franco-tchèque : que vous demande-t-il de cuisiner quand il vient vous voir ?
Mon fils adore ma cuisine et il amène souvent des amis pour manger et souvent ses petites amies notent mes recettes ! Il adore la ratatouille, le bœuf bourguignon, le gratin dauphinois, les poivrons, tous les poissons de mer. Je fais aussi les gambas flambées au whisky, une recette que mon père m’a apprise, parmi tant d’autres. Mon fils adore ça. C’est rapide : on flambe, un peu de crème et c’est prêt.

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Et la cuisine typiquement tchèque ?
Il y a une recette que j’aime beaucoup : la svíčková. C’est long si on respecte la recette car il faut préparer la viande avec tous les petits légumes la veille, mais c’est délicieux, avec ce goût spécial que donne la racine du persil, petržel en tchèque. Une fois j’ai voulu faire ce plat dans ma famille en France mais je n’ai pas pu trouver la racine du persil. Je fais aussi le guláš. Je n’ai pas de recette mais il y a un détail important à respecter : il faut avoir le même poids de viande et d’oignons.

« La simplicité est la sophistication suprême » comme disait Leonardo da Vinci.
Merci Leonardo da Vinci pour cette exacte et magnifique phrase : « La simplicité est la sophistication suprême ». Bon appétit ! Je vous embrasse.

Source - photo : Wikipedia.org

Dernière modification : 20/03/2019

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