Interview à propos de Temelin [cs]

"Quelle est la place de la République tchèque ? dit la France qui souhaite remporter l’appel d’offres relatif à l’extension de Temelin."

06/01/2011
Tereza Nosálková

Prague – En douze mois, le Premier ministre, Petr Nečas, effectue déjà sa deuxième visite en France.

Vendredi, il interviendra lors d’une conférence sur l’avenir de l’Europe et rencontrera les représentants clé du pays, le Premier ministre François Fillon ainsi que le Président Nicolas Sarkozy.

Le thème clé de sa visite sera, cette fois-ci encore, la centrale de Temelin.

L’achèvement de la centrale nucléaire tchèque, de l’ordre de milliards de couronnes, attire l’attention de la société française Areva, de l’américain Westinghouse et du consortium Atomstroïexport russe. Bien qu’Areva soit considérée comme outsider de l’appel, le rapprochement entre Prague et Paris pourrait témoigner du contraire.

Nous comptons sur les entreprises tchèques.

La France semble miser sur une alliance nucléaire au sein de l’Union européenne, divisée dans son approche à l’énergie nucléaire après Fukushima.

« C’est l’avenir du nucléaire en Europe qui est en jeu maintenant. Cette spécificité de la République tchèque et de la France ne concerne pas les offres américaine ou russe car ces pays sont en dehors de l’UE », indique l’Ambassadeur de France en RT, Pierre Lévy, dans une interview pour Aktualne.cz.

Pour le moment, ce dernier ne veut pas préciser le volume de la participation des entreprises tchèques à l’achèvement de Temelin, et ce malgré le fait que les concurrents d’Areva se rivalisent d’offres avantageuses. « Je n’entrerai pas dans ce débat. Nous sommes conscients de l’importance que les fournisseurs tchèques attribuent à leur participation à l’achèvement de Temelin. C’est tout aussi important pour nous », ajoute M. Lévy.

Dans ce contexte, Areva a déjà été appréciée par le Premier ministre Nečas, et ce en dépit du Président Klaus qui a cherché à l’occasion de la visite du Président russe Dmitri Medvedev à promouvoir l’intérêt de la Russie.

Aktuálně.cz : L’agence des paris sportifs, Fortuna, a récemment publié la cote de la victoire à l’appel d’offres de Temelin. Selon les bookmakers, c’est le groupe Atomstroïexport russo-tchèque qui est le favori, Westinghouse occupe la deuxième place et Areva est troisième pour le moment. Pensez-vous que cela reflète la réalité ? Recommandez-vous de parier sur l’outsider de l’appel ?

Il n’y va pas d’un pari, ni d’un jeu. L’achèvement de Temelin est un business sérieux, extrêmement important pour l’avenir de la République tchèque, de la France ainsi que de toute l’Europe. Mon approche est de parler de cette affaire de façon très sérieuse. Je comprends que les gens veulent parier sur ce genre de choses comme sur un match de foot ou un concours de beauté. Mais cela ne fonctionne pas comme ça dans ce cas.

Des complications en Finlande.

A.cz : A la différence de Westinghouse ou d’Atomstroïexport, on n’entend pas beaucoup parler d’Areva. Selon certaines spéculations, le candidat français ne prend pas l’appel au sérieux.

Areva travaille très sérieusement sur ce projet. L’important est de faire les choses et de les expliquer ensuite. Areva doit présenter une bonne offre et est en train de l’élaborer. Le gouvernement français apporte son plein soutien à la candidature d’Areva dans cet appel.

A.cz : En quoi Areva peut-elle devancer Westinghouse qui peut être perçu comme un symbole de la sécurité énergétique et du renforcement du lien transatlantique. De même, comment peut-elle devancer le groupe russe insistant sur la collaboration avec les entreprises tchèques, très importante du point de vue local ?

Notre approche est basée sur la responsabilité et sur la transparence. Il faut développer une industrie nucléaire responsable ce qui est d’autant plus vrai après l’accident de la centrale nucléaire de Fukushima au Japon. On peut comprendre que les gens craignent le nucléaire. Notre approche vise à un niveau de sécurité plus élevé. Notre offre est d’ailleurs unique car Areva est la seule à construire en Europe le même type de réacteur qu’elle proposera dans l’appel relatif à l’achèvement de Temelin.

A.cz : Un réacteur achevé et fonctionnel est l’une des conditions de la partie tchèque. Néanmoins, la construction d’un réacteur de la 3ème génération à Olkiluoto en Finlande se complique, devient plus chère et prend du retard.

Nous ne cherchons pas à dissimuler que la construction a pris du retard et que les coûts ont augmenté. Nous montrerons ces centrales à chacun qui s’y intéresse. Si la République tchèque choisit Areva, elle pourra profiter des leçons tirées par la France lors de cette construction. A mon avis, il y a un rapport étroit entre le développement sûr de l’énergie nucléaire et la démocratie. Et l’Autorité de sûreté nucléaire française est très respectée, influente et indépendante.

« La République tchèque est un pays d’ingénieurs. »

A.cz : Quelle est donc la réponse d’Areva aux atouts susmentionnés de ses concurrents, notamment à la collaboration avec les entreprises tchèques ?

Je mettrais l’accent sur le fait qu’il s’agit d’un choix stratégique pour le demi-siècle prochain. Si j’étais dans la peau du client, je réfléchirais des besoins économiques, technologiques, sécuritaires et industriels. La République tchèque est un pays d’ingénieurs et en tant que telle elle est hautement respectée. Ceci est très important pour Areva, qui est actuellement en train d’accorder des licences aux fournisseurs. Nous prévoyons de collaborer avec les fournisseurs tchèques non seulement au projet de Temelin mais aussi à d’autres projets dans le monde entier. Škoda JS est déjà partenaire d’Areva en France et en Finlande. Derrière ce projet se dissimule la question clé de l’avenir de l’industrie nucléaire européenne pour de nombreuses années à venir et face aux nouvelles puissances émergentes qui ne cessent de renforcer.

A.cz : Westinghouse a récemment confirmé à Aktuálně.cz qu’il compte sous-traiter aux entreprises tchèques 70% des travaux relatifs à l’achèvement de Temelín. Quelle serait la part sous-traitée par Areva ?

J’ai entendu évoquer beaucoup de chiffres mais je n’entrerai pas dans ce débat. Nous sommes conscients de l’importance que l’industrie tchèque attribue à la participation à l’achèvement et c’est tout aussi important pour nous. Areva a organisé ses « Journées Fournisseurs » à Prague il y a un an et cette collaboration se poursuit toujours.

A.cz : Vous évoquez souvent la dimension européenne de l’atome. Le lobbying français se concentre-t-il donc sur Bruxelles ?

Il est très important que la République tchèque et la France soient reliées par cette dimension au sein de l’UE car il est question de l’avenir de l’énergie nucléaire en Europe. Cette spécificité de la République tchèque et de la France ne concerne pas, bien sûr, les offres américaine ou russe, pays hors l’UE. Nous collaborons avec Bruxelles, le gouvernement français attribuant une importance majeure aux questions de la sécurité, aux tests de résistance et aux mécanismes de crise en cas d’accident. Il ne s’agit pas de créer un front des « bons » et des « mauvais », chaque pays choisit sa propre voie, mais la discussion doit être rationnelle.

A.cz : Le réacteur de référence, l’une des conditions de la partie tchèque, sera-t-il achevé avant la fin de l’appel d’offres ?

Je suis absolument convaincu que malgré les questions soulevées par la construction du réacteur en Finlande, celui-ci est un grand avantage pour Areva. La société pourra dire au client : Regardez, voici exactement ce que vous obtiendrez. En même temps, elle pourra évoquer les leçons qu’elle a tirées de cette construction.

A.cz : C’est aussi le ministre de l’Industrie tchèque qui en charge de l’appel. Cependant, Martin Kocourek, soupçonné de corruption, a démissionné. Il a été remplacé par Martin Kuba, qui a la réputation d’être le bras droit des lobbyistes régionaux. Ne craignez-vous pas pour la transparence de l’appel du côté tchèque ?

Ce processus sera très long mais je suis sûr que les règles seront respectées. Et ce non seulement les règles tchèques, mais aussi celles de l’OCDE. Le nom du ministre Kuba m’est connu grâce à la presse mais je serai très heureux de le rencontrer.

Voir l’article sur Aktualne.cz.

Dernière modification : 16/01/2012

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