Remise des insignes d’Officier de la Légion d’Honneur à M. Vladimír Špidla (6 décembre 2016) [cs]

Monsieur le Premier Ministre, cher Vladimir,
Monsieur l’ambassadeur
Mesdames, Messieurs,
Chers amis,

C’est avec beaucoup de fierté que je vous reçois ici au Palais Buquoy à l’occasion de cette cérémonie organisée en l’honneur de Vladimir Spidla, que j’ai eu la chance de connaître lors de mon précédent séjour ici à Prague il y a 14 ans.

Cette décoration vient récompenser le parcours exceptionnel d’une personnalité dont l’intégrité morale est reconnue par tous. En dépit des circonstances et des aléas de votre vie personnelle et de la vie politique, vous êtes toujours resté fidèle à vos principes et aux idéaux qui vous animent depuis votre jeunesse : profondément pro-européen, défenseur d’une Europe qui ne se contente pas d’être un marché intérieur mais qui apporte équité et justice sociale à ses citoyens, une Europe dont le modèle de développement doit être plus vert et plus durable.

Vous êtes né en 1951 à Prague, mais après vos études d’histoire à l’université Charles, en 1976, vous choisissez de ne pas adhérer à un parti communiste qui avait permis l’entrée à Prague des chars de Moscou en 1968. Ce choix, vous en assumez les conséquences pendant les 14 années suivantes en n’occupant que des emplois subalternes divers : employé dans une laiterie, une scierie, ouvrier dans le secteur de la construction mais aussi gardien du patrimoine.

Après la révolution de velours vous vous engagez en politique en adhérant au parti social-démocrate à Jindrichuv Hradec en Bohême du Sud où vous dirigez de 1991 à 1996 le centre local pour l’emploi, une fonction qui correspond à vos préoccupations sociales et qui orientera ensuite votre carrière politique au niveau national, puis européen.

Puis très rapidement vous accédez à des responsabilités politiques au niveau national : en 1996 vous êtes élu député, en 1998, nommé Vice-Ministre et ministre du travail et des affaires sociales dans le gouvernement social-démocrate de Milos Zeman, puis finalement en juillet 2002 vous devenez Premier Ministre d’un gouvernement de coalition réunissant les partis social-démocrate, chrétien-démocrate et l’union de la liberté.

Vous dirigez le gouvernement de 2002 à 2004 pendant les deux années cruciales qui précèdent l’adhésion de votre pays à l’Union européenne et dans un contexte politique interne compliqué puisque vous servez sous deux présidents de la République très différents, Vaclav Havel d’abord puis Vaclav Klaus. Il s’agit d’une période difficile qui vous voit entreprendre avec courage des réformes peu populaires pour redresser les finances publiques et conduire avec succès la campagne du referendum de 2003 pour l’adhésion de la République tchèque à l’Union européenne, malgré l’absence de soutien du Président Klaus.

Votre engagement en faveur de l’Union européenne ne s’est pas démenti depuis lors. Pendant votre mandat de commissaire européen à l’emploi, aux affaires sociales et à l’égalité des chances, de 2004 à 2010, vous poursuivez vos efforts pour préserver et améliorer un modèle social européen basé sur des valeurs de justice sociale, d’égalité et de respect des droits. Vous avez ainsi lancé la création du fonds européen d’ajustement à la mondialisation pour aider les travailleurs victimes de délocalisation, promu le concept de portabilité des droits des salariés et de flexi-sécurité. Votre action en faveur de l’intégration européenne vous a également conduit à vous faire l’avocat de l’adhésion des pays des Balkans à l’union européenne.

Dans une période où la critique des institutions européennes est devenue monnaie courante, vous appartenez à l’espèce rare des hommes politiques qui continuent à affirmer publiquement leurs convictions pro-européennes, oserais-dire leur foi, car il en faut pour lutter contre un euroscepticisme généralisé.

Depuis janvier 2014, en votre qualité de conseiller et chef des conseillers du Premier Ministre vous avez continué à œuvrer sur des sujets sensibles, à la croisée de la politique intérieure et européenne, tels que la gestion de la crise migratoire, la politique énergétique et environnementale.

L’environnement est un autre fil directeur de votre parcours, puisque bien avant 1989, vous aviez rejoint des associations de protection de la nature. Une nature chère à votre cœur, que vous aimez parcourir en marchant ou en courant avec votre proverbial sac à dos. De là découle presque « naturellement » votre engagement en faveur de la lutte contre le changement climatique. La position de la République tchèque dans ce domaine, la signature de l’accord de Paris, l’adoption d’une nouvelle stratégie énergétique plus durable vous doivent beaucoup. De même que la mise en place d’un conseil consultatif du développement durable qui a contribué à favoriser l’adhésion des milieux économiques et des décideurs en faveur de l’agenda de la COP21.

Votre lien avec la France s’est construit progressivement, en lien avec l’entrée de la République tchèque dans l’Union européenne et dans l’OTAN. Curieux et souhaitant pouvoir suivre par vous-même les débats et l’actualité françaises, vous avez décidé d’apprendre notre langue. Vous êtes certainement l’unique exemple d’un Premier Ministre qui, malgré la lourdeur de son agenda, prenait plusieurs fois par semaine, le matin très tôt des leçons de français. Fait encore plus rare, vous êtes parvenu à maîtriser notre langue de façon remarquable, à la comprendre et à vous exprimer dans celle-ci. A tel point qu’à cette époque, vous avez, lors d’une fête, durablement impressionné deux jeunes garçons, un Tchèque, un Français, qui avaient eu « le culot » de vous aborder et avec lesquels vous avez eu une longue conversation en français dont ils se souviennent encore, bien des années après. L’un des deux était mon fils aîné.

Depuis les années 2000, vous avez gardé des liens étroits avec la France et cette ambassade, toujours attentif à ce qui nous unit et attentif à comprendre ce qui parfois, assez rarement il est vrai, nous sépare. Votre intérêt pour la France, ses institutions et son organisation gouvernementale ne s’est pas démenti et a contribué à des échanges d’idées fructueux comme la création du conseil environnemental ou les échanges entre l’office du gouvernement et le SGAE.

En vous décernant la Légion d’honneur, créée par Napoléon Bonaparte pour reconnaître les services de personnalités éminentes et pour remercier les étrangers qui participent aux bonnes relations avec la France, le Président de la République française a souhaité saluer votre contribution à la construction d’une union européenne plus équitable et plus juste, plus proche des citoyens, loin des doutes qui contribuent à nous désunir.

A travers votre personne et le grand serviteur de l’Etat que vous êtes, c’est aussi l’excellence des relations entre nos deux gouvernements, nos deux pays que nous saluons.

Nous allons maintenant procéder à la remise des insignes.

Monsieur Vlamidir Spidla, au nom du Président de la République, et en vertu des pouvoirs qui nous sont conférés, nous vous faisons chevalier de la Légion d’Honneur./.

Dernière modification : 08/12/2016

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