Tribune conjointe de Jean-Yves Le Drian et Tomáš Petříček, ministres français et tchèque des Affaires étrangères (1 juillet) [cs]

Tribune conjointe de Jean-Yves Le Drian et Tomáš Petříček, ministres français et tchèque des Affaires étrangères

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Alliées pendant le Premier conflit mondial, nos deux pays ont été séparés par les tragédies du vingtième siècle, ce « siècle de fer ». Aujourd’hui, après la réunification européenne de 1989 et 2004, aussi importante que la réconciliation franco-allemande de l’après-guerre, ils sont réunis.

Partenaires stratégiques au sein de l’Union européenne, la France et la République tchèque, partagent un même attachement à ses principes fondateurs, une même vision de leurs intérêts fondamentaux et inscrivent leur relation bilatérales dans le cadre de la communauté de destin européenne.

Nous sommes en effet convaincus que, pour relever les défis du XXIème siècle, une Europe plus forte, capable de soutenir la compétition mondiale et de protéger ses citoyens est nécessaire. C’est cette conviction qui fonde notre engagement politique.

Les dérèglements climatiques ont des conséquences sur chacun de nos pays, mais aucun n’est capable de les affronter seul. L’action collective de l’Union européenne est seule efficace. Face au retour des stratégies de puissance des grands Etats continentaux, seule l’action de l’Union européenne a la taille critique. Face aux défis de la mondialisation, aux crises du capitalisme financier ou à l’emprise d’entreprises géantes, notamment numériques, seule l’Union, adossée à son marché unique, l’un des plus grands du monde, et à ses règles, ses normes, a le poids suffisant. L’Union est notre force et la souveraineté européenne la garantie de nos souverainetés nationales.

Un exemple concret ? Notre engagement en Afrique. Nos forces armées sont, depuis plusieurs années, engagées ensemble au Mali, dans la mission européenne de formation des forces armées maliennes (EUTM MALI) qui aide au renforcement des capacités anti-terroristes, tandis que nos diplomaties contribuent à la stabilisation et au développement du pays. Bamako peut sembler bien loin de Prague ou de Paris. Mais si nous échouons et laissons se développer un sanctuaire terroriste à nos portes, c’est la sécurité de toute l’Union et avec elle, celle de nos citoyens qui sera menacée. C’est donc bien au service d’un intérêt européen direct que nous sommes engagés ensemble. Cet exemple illustre aussi les raisons pour lesquelles nous croyons nécessaire de développer une véritable Europe de la défense, capable d’intervenir dans tout le spectre d’opérations. Il ne s’agit pas de faire concurrence ou, encore moins d’éroder l’Alliance Atlantique, qui reste le fondement de notre sécurité collective, mais tout simplement de nous donner les moyens de prendre nous-même en charge nos intérêts et de les défendre si besoin. C’est donc bien de complémentarité et au total de renforcement des Européens dans l’Otan dont il s’agit.

La défense européenne a franchi des étapes décisives au cours des derniers mois pour renforcer l’autonomie stratégique de l’Europe. Nos deux pays y ont contribué. Des projets concrets de coopération ont été lancés dans le cadre de la Coopération structurée permanente que nos deux pays ont été parmi les premiers à rejoindre. Un Fonds européen de défense permettra de mobiliser davantage de ressources au service de la recherche et du développement des futures capacités européennes. Des entreprises de défense de nos deux pays ont engagé une coopération industrielle fructueuse qui renforcera nos capacités. Nous devons non seulement poursuivre, mais encore accentuer nos efforts : nos deux pays ont confirmé à cet égard des augmentations significatives de leurs budgets de défense au cours des prochaines années. Qu’il s’agisse de défense, de politique commerciale ou du combat contre le dérèglement climatique, notre méthode est la même : la convergence et l’unité au service de nos intérêts communs et européens.

C’est pourquoi, à la veille du début de la présidence tchèque du groupe de Visegrád, le 1er juillet prochain, la France et la République tchèque souhaitent promouvoir un dialogue politique intense, fructueux et constructif entre partenaires européens pour répondre aux nombreux défis qui se dressent devant nous. Face à ceux qui veulent nous diviser ou nous détruire, à l’intérieur comme à l’extérieur, nous devons éviter la résurgence de nouvelles lignes de fracture : ni Sud/Nord, ni Est/Ouest , ni euro-non euro, l’unité s’impose.

C’est dans cet esprit que nous travaillerons ensemble pour adopter un futur Cadre financier pluriannuel à la fois ambitieux et réaliste, permettant de financer les nouvelles priorités européennes (sécurité et défense, innovation, jeunesse…) tout en préservant les ressources consacrées aux politiques traditionnelles, dans un contexte budgétaire rendu plus complexe par les conséquences du Brexit.

C’est dans cet esprit également que la France et la République tchèque prépareront ensemble la succession de leurs présidences du Conseil de l’Union européenne, en 2022./.

Dernière modification : 01/07/2019

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